D’où vient ce nom bizarre ?

 En fait, de l’abréviation et de la francisation du terme anglais : pudding-stones.
Pudding, c’est le dessert bien connu ; stones = pierres.

Poudingue de MalmedyLes cailloux dans le ciment d’un poudingue se présentent, en effet, comme des raisins secs dans une crème pudding.

Poudingue et poudingue ?

En Belgique, le poudingue de Malmedy, d’origine fluviatile, est le seul de son espèce. Les autres sont d’origine marine.


Dans la vallée de la Warche, on trouve un poudingue plus ancien que celui de Malmedy, mais il est également d’origine fluviatile.
photo à insérer

Les mégalithes de Wéris offrent, par contre, un  exemple de Poudingue d’origine marine

Dolmen

Du poudingue en Haute-Ardenne …mais où ?

En Haute-Ardenne, le poudingue ne se trouve que dans une bande de 22 km de long, entre Xhoffraix, au nord-est, et Haute-Bodeux, au sud-ouest, soit, pour l’essentiel, dans la vallée de la Warche et de l’Amblève.

Localisation du poudingue de Malmedy (en rouge; d’après Ozer, 1978)

Cette bande n’est d’ailleurs pas continue, mais fragmentée en deux tronçons principaux : un petit lambeau à Basse-Bodeux et un autre plus étendu entre Stavelot et Malmedy. A cela s’ajoutent quelques îlots du côté de Mont-Xhoffraix et de Chales, par exemple.

Le poudingue de Malmedy est-il homogène ?

À la base, un ciment rouge, argileux – ou localement jaune-olive – soude des galets de grès, de quartzite et de schiste. A ce niveau, des bancs de schiste s’observent parfois. L’épaisseur de cette couche peut atteindre 60 m à Malmedy, où elle affleure au sud de la ville, mais seulement 15 m à Stavelot.

quartziteDans la couche suivante, le ciment rouge violacé est un mélange de calcaire et d’argile enrobant des galets de grès, de quartzite mais surtout de calcaire. C’est aussi la couche la plus épaisse : environ 150 m à Malmedy, 30 m à Stavelot et 70 m  à Basse-Bodeux.

La troisième et dernière couche se compose d’un ciment rouge violacé, argileux, et de galets mal arrondis de schiste ardoisier, quartzite et grès, mais pas de calcaire. À Malmedy, son épaisseur peut atteindre 30 m.

photo à intercaler

La forme des galets : indice de leur origine ?

Les cailloux du poudingue proviennent de la fragmentation de roches. Ils sont usés, émoussés à des degrés variables lors de leur transport.

Les cailloux très bien roulés par la mer ont une forme très arrondie (a). Ceux, que déplace une rivière, le sont moins bien (b) et ceux qui n’ont pas encore été transportés par l’eau ne sont pas émoussés (c).

Les galets du poudingue de Malmedy ont-ils dès lors une origine marine ou ont-ils été amenés par un cours d’eau ?

Une coupe dans ce poudingue nous fournit une autre information : la faible pente des versants dégagée par l’érosion montre qu’il a rempli une dépression préexistante.

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Figures a, b et c, d’après Ek et al.2004. Fig. suivante d’après Ozer 1967 et 1982.

Les fossiles des galets : autre indice de leur origine ?

Fossiles d’Amphipora : ce stromatopore rameux appartient à un groupe particulier d’éponges au squelette fortement calcifié, groupe  aujourd’hui disparu (détermination : E. Poty, ULg).

fossile_crinoides_p_mdy

Fossiles de crinoïdes. Les articles constituant le pédoncule de ces organismes marins ont la forme d’un disque percé d’un trou central. 

Les cailloux calcaires du poudingue contiennent aussi des fossiles Frasnien, notamment de coraux et d’éponges au squelette calcifié, provenant sans doute de l’érosion des roches calcaires de l’Eifel (entre Prüm et Schleiden). Un oued en période de crue les aurait transportés jusque dans leur réceptacle. A cette époque, la région de Malmedy bénéficiait d’un climat subtropical.

Le poudingue de Malmedy : une roche d’un certain âge … ou d’un âge certain ?

Déterminer l’âge de cette roche est affaire de spécialistes. Ceux-ci ont tout d’abord évalué l’âge des calcaires, dont provient une bonne part des galets de la couche moyenne du poudingue. Pour cela, ils ont étudié la nature et la distribution des fossiles qu’ils renferment.

Galet de poudingue comportant les traces de nombreux fossiles.

Ils ont aussi tenu compte de l’orientation du champ magnétique terrestre, qui s’est modifiée au cours des temps et qui s’est enregistrée dans les roches. Sur base de ces diverses études, les géologues ont estimé que le poudingue de Malmedy s’était formé entre 295 et 250 millions d’années, à la fin de l’ère primaire. Il est donc plus âgé que les premiers dinosaures apparus au début de l’ère secondaire.

Les formes du poudingue

  • En surface

Sur ciment calcaire, le poudingue apparaît souvent en relief. Il peut ainsi présenter des abrupts très marqués. Et des « quilles » appelées « kegels » en allemand ou « strombinets» en wallon.

  • … et en coulisse : il héberge grottes et gouffres.

karstUne activité karstique très surprenante au cœur de l’Ardenne, et qu’on ne trouve que dans le poudingue de Malmedy .

La couleur rouge-rose des concrétions provient des sels de fer présents dans le poudingue.

Localisation des phénomènes karstiques dans le poudingue de Malmedy : 1) Trou Ozer ,  2) Doline,  3) Réseau de la Salle de Visite,  4) Trou des Nains,  5) Trou Boever , 6) Trou Wey,  7) Résurgences de Bévercé ,  8) Fontaine Marlyre,  9) Fontaine Simon,  10) Pertes du ruisseau Simon (d’après Ozer 1971).
 

Le poudingue : un bloc de gruyère ?

Dans l’état actuel de nos connaissances, le Trou Ozer se développe sur environ 500 m. Il plonge à 70 m sous le niveau du puits d’entrée. Cette grotte résulte de l’élargissement, sous l’action de l’eau acide,  d’une série de fissures verticales ou diaclases dans le jargon des géologues.

Le Trou Ozer n’a pas encore livré tous ses secrets. Avec la grotte des Nains, il forme sans doute un seul et même réseau karstique. L’inventaire des animaux qu’il héberge reste aussi à compléter.

Le poudingue et la biodiversité

Une grotte, comme le Trou Ozer, accueille des espèces particulières et parfois très spécialisées. C’est pour cette raison qu’elle a été classée en 2000 comme « Réserve naturelle domaniale ».

Certaines espèces – comme les chauves-souris ou certains papillons – n’utilisent les grottes que pour s’y abriter l’hiver.

myotis
verpertillion

D’autres espèces – comme cette araignée Meta menardi  – y passent toute leur vie, mais sans présenter d’adaptations particulières. Elles sont qualifiées de Troglophiles. Pour l’anecdote, Meta menardi a été choisie par la société européenne d’Arachnologie comme araignée de l’année pour 2012.

Les spécialistes des grottes

Crustacé : Niphargus sp.

Un crustacé Troglobie : le NiphargusLes vrais cavernicoles forment le groupe des Troglobies. Ces espèces-là ne rencontrent pas ailleurs. C’est le cas d’un petit crustacé, le Niphargus.

Dépigmentée et aveugle, cette « crevette » cavernicole est capable de jeûner très longtemps, ce qui ne l’empêche pas de mener une longue vie.

Dans les grottes, les ressources alimentaires ne sont cependant pas absentes. L’air circulant peut amener du « plancton aérien » (pollen, spores, bactéries) ; l’eau apporte des feuilles mortes, du bois et des cadavres, des substances organiques, des moisissures, du guano de chauve-souris, …

Cette crevette ne pond qu’un petit nombre d’œufs, mais ces derniers sont plus gros que ceux de leurs « cousines » vivant en dehors des grottes. Leur physiologie et leur comportement révèlent encore bien d’autres différences et d’autres adaptations à la vie souterraine.

Le poudingue et les plantes indicatrices

La végétation est fortement tributaire de la nature du sol. Certaines plantes ne se développent ainsi que sur des sols à la fois secs et riches en calcaire. Elles peuvent être considérées comme des plantes indicatrices. Parmi ces espèces, on trouve notamment l’Eglantier, l’Origan et la Seslérie blanchâtre. Cette dernière, une graminée, est bien répandue sur les tours de poudingue.

rosa_caninasesleria

Des espèces, comme la Violette hérissée, sont aussi plus abondantes sur les sols carbonatés et assez secs. Mais, pour certains végétaux, le calcium est toxique et elles ne peuvent s’y développer. C’est le cas, par exemple, pour la Bruyère quaternée et la Canche flexueuse, deux vraies espèces « calcifuges » des sols acides, comme ceux des Hautes-Fagnes.

Helleborus viridis

Fleur d’Hellébore vert. Cette plante médicinale, qui vit à l’ombre des forêts, a peut-être été cultivée par les moines du monastère voisin. Photo : Georges Schierling.

Malmedy et Stavelot, filles du poudingue ?

L’implantation monastique à Malmedy et à Stavelot est-elle le fruit du hasard ou celui de la nécessité ?

Le poudingue affleure juste derrière l’ancienne abbaye de Malmedy et sa cathédrale.

De nombreuses hypothèses ont été avancées pour l’expliquer. Par exemple, le fait que les deux cités sont chacune à la confluence de deux rivières, que Malmedy est logée dans une cuvette à l’abri des vents d’est, etc.

Coupe géologique schématique entre Bernister et Waimes (d’après Drösch 1982 et Fredericq 1924)

Mais, il existe peut-être une raison plus fondamentale à cette implantation : à cette époque, la prospérité d’un « nouveau monastère ne pouvait venir que du sol, de son exploitation. » Or « les sites de Malmedy et de Stavelot se situent sur un substrat géologique particulier, sur du poudingue » (Fontaine 1982). Celui-ci, en s’altérant, donne un sol rougeâtre riche en carbonates libres et favorable à l’agriculture et à la sylviculture. En Haute-Ardenne, où les sols sont dans l’ensemble assez pauvres, cet avantage a sans doute été un facteur déterminant.

Mais, l’or, que recelaient les affluents de l’Amblève, constituait un autre atout majeur de cette région (Ozer 1998) …

Remerciements

Nous tenons à remercier vivement les Professeurs Camille Ek, André Ozer et Eddy Poty, le Dr. Michel Dethier, le Dr. Philippe De Zuttere de la Fondation bryologique, ainsi que Michel Andrien,  Pascal Schmitt et  Robert Theck du Club Aqualien de Spéléo et d’Alpinisme (C.A.S.A.) qui ont mis leurs connaissances, leurs publications, leurs photos ou leur cartes à la disposition du projet.

Un grand merci également aux photographes Jean-Marie Hubart, Jean-Pol Grandmont, Philippe Michel, Gaëtan Rochez, Gilles San Martin, Georges Schierling, Jean-Claude Schou et Robert Theck, qui nous ont autorisés à reproduire leurs clichés.
– Copyright : Etudes & Environnement asbl

5 commentaires pour D’où vient ce nom bizarre ?

  1. quaternaire dit :

    Merci pour ce blog qui m’a permit d’en savoir un peu plus sur le Permien belge

  2. Romy Schneider dit :

    Fantastique blog ! Enfin j’ai trouvé un endroit où partager ma passion pour le poudingue de Malmédy !

  3. SERVAIS dit :

    Merci pour ce blog ! Bravo pour cet excellent résumé qui m’a permis d’avancer dans mes recherches géologiques sur ma région

  4. VOSS Christian dit :

    Je suis guide nature et je viens d’en apprendre beaucoup sur votre belle région. Merci pour ce document

  5. Muller Renée dit :

    région à regarder et étudier! merci pour le document!

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